Sur un chantier, dans un entrepôt frigorifique ou en cuisine collective, on ne porte pas les mêmes chaussures de sécurité. Les fiches produits affichent pourtant des codes qui se ressemblent : EN ISO 20345, S1, S3, P2. Derrière ces marquages, ce sont des niveaux de protection très différents qui se cachent. Mal lire une norme, c’est risquer de porter une paire inadaptée au poste, avec des conséquences directes sur la conformité réglementaire et la sécurité au quotidien.

A découvrir également : Se réorienter vers la sécurité grâce à la bonne formation
Norme EN ISO 20344 : le socle technique commun à toutes les chaussures de sécurité
Avant de regarder les catégories S1, S2 ou S3, on doit vérifier un point souvent ignoré : la paire répond-elle à la norme EN ISO 20344. Cette norme ne définit pas un type de chaussure. Elle fixe les méthodes d’essai et les exigences générales que tout modèle professionnel doit respecter, qu’il s’agisse de baskets de sécurité, de sabots ou de bottes.
Concrètement, c’est elle qui encadre les tests de résistance au glissement, de solidité de l’assemblage ou encore de comportement des matériaux à l’usure. Une chaussure qui ne passe pas ces essais ne peut pas prétendre aux certifications plus spécifiques. On trouve une sélection de modèles conformes à ces exigences ici, notamment pour les coupes féminines.
A lire en complément : L'art de choisir une chambre froide sans se tromper
Catégories S1 à S5 : décoder la norme EN ISO 20345 selon le poste
La norme EN ISO 20345 (anciennement EN 345 S) couvre les chaussures équipées d’un embout de protection capable d’absorber un niveau élevé de pression et d’une semelle antidérapante. C’est le marquage le plus courant dans le BTP, la logistique et l’industrie lourde.
Les catégories s’empilent par niveau de protection croissant. Chaque échelon intègre les propriétés du précédent et ajoute une couche supplémentaire.
- SB (sécurité de base) : embout de protection et semelle antidérapante, sans exigence supplémentaire. Suffisant pour des postes à risque limité, mais rarement recommandé seul sur le terrain.
- S1 : ajoute un talon fermé, une semelle antistatique et un talon absorbeur d’énergie. C’est le minimum pour un travail en intérieur sec, comme un atelier de montage.
- S2 : reprend les propriétés S1 avec une tige résistante à la pénétration et à l’absorption d’eau. Adaptée aux environnements humides sans contact prolongé avec des liquides.
- S3 : intègre en plus une semelle anti-perforation. C’est la catégorie de référence sur les chantiers où traînent clous, copeaux métalliques ou débris.
Pour les bottes, deux catégories spécifiques existent. La S4 offre une semelle antistatique et un talon absorbeur d’énergie sur une tige étanche moulée. La S5 y ajoute une semelle profilée anti-perforation, pensée pour les travaux en milieu boueux ou inondable.
Le piège fréquent : commander des S1 pour un poste en extérieur exposé à l’humidité. La tige n’est pas conçue pour résister à l’eau, et la chaussure se dégrade vite. Vérifier l’environnement réel du poste avant de choisir la catégorie évite ce genre d’erreur.
Norme EN ISO 20346 et catégories P : une protection renforcée contre les chocs
On confond souvent la norme EN ISO 20345 avec la norme EN ISO 20346 (aussi notée EN 346 P). Les deux imposent un embout de protection, mais le niveau d’absorption des chocs diffère. Une chaussure EN 346 P encaisse une énergie d’impact plus faible qu’une EN 345 S, ce qui peut sembler contre-intuitif.
En pratique, les modèles EN ISO 20346 sont classés PB, P1, P2 et P3, avec une logique de progression similaire aux catégories S. Les secteurs qui les privilégient sont ceux où le risque d’écrasement est modéré mais où le confort et la légèreté comptent : milieu médical, agroalimentaire, restauration collective.
Le choix entre une S et une P dépend donc directement de l’analyse de risques du poste. Un magasinier qui manipule des charges lourdes a besoin d’une EN ISO 20345. Un préparateur en laboratoire pharmaceutique travaillera plus confortablement avec une EN ISO 20346, à condition que le document unique de l’entreprise le permette.
Chaussures de travail sans embout : norme EN ISO 20347 et marquage O
Tous les postes ne nécessitent pas un embout de protection. La norme EN ISO 20347 (ou EN 347 O) couvre les chaussures de travail professionnelles dépourvues de coque. Les catégories associées sont O1, O2 et O3, mais il n’existe pas de catégorie OB, puisque la protection de base (l’embout) est absente par définition.
Ces modèles restent des chaussures professionnelles à part entière. Ils intègrent une semelle antidérapante, des propriétés antistatiques et, selon la catégorie, une résistance à l’eau. On les retrouve dans l’hôtellerie, les soins à domicile ou certains postes administratifs en site industriel.
Un marquage mérite une attention particulière : la mention ORO indique une résistance accrue à l’huile et à la graisse. Pour un cuisinier ou un technicien de maintenance travaillant dans un environnement gras, ce détail change la durée de vie de la semelle et la tenue au sol.
Lire une fiche produit de chaussures de sécurité : les marquages complémentaires
Au-delà de la catégorie principale, des marquages additionnels précisent les protections spécifiques d’un modèle. On les trouve après la catégorie, sous forme de lettres.
- WR : résistance à la pénétration d’eau sur l’ensemble de la chaussure, pas seulement la tige. À ne pas confondre avec la propriété d’hydrofugation de la catégorie S2.
- HRO : semelle de contact résistante à la chaleur. Utile sur les sols où circulent des matériaux chauds, comme en soudure ou en fonderie.
- CI et HI : isolation au froid (CI) ou à la chaleur (HI) du dessous de pied. Deux marquages qui comptent dans les chambres froides ou sur les sols chauffés par des process industriels.
- AN : protection de la malléole. Présente sur les modèles montants destinés aux terrains accidentés.
Les retours varient sur la pertinence de cumuler plusieurs marquages complémentaires. Un modèle WR + HRO + CI existe, mais il sera plus lourd et plus rigide. Sur un poste qui demande de la mobilité, mieux vaut cibler les deux ou trois marquages réellement utiles que de viser la protection maximale sur le papier.
Le marquage CE reste le seul garant de la conformité européenne. Une chaussure vendue sans marquage CE n’a tout simplement pas sa place sur un poste de travail, quelle que soit la marque ou le prix affiché. Avant de comparer les catégories, c’est la première chose à vérifier sur la languette ou la semelle intérieure.

