Avec plus de 280 000 salariés en France et près de 2 400 recrutements nécessaires chaque mois selon le Groupement des Entreprises de Sécurité, la sécurité privée est un secteur en pleine expansion. Derrière les uniformes et les badges, il y a un équipement que l’on oublie souvent d’aborder : la chaussure. Pourtant, pour un agent qui patrouille plusieurs heures d’affilée, elle fait toute la différence entre une journée supportable et une journée épuisante.
Une obligation légale, pas un simple confort
En France, le port d’équipements de protection individuelle (EPI) adaptés au poste est encadré par l’article R4321-4 du Code du travail. Concrètement, c’est l’employeur qui est tenu de fournir et de financer ces équipements, dont la chaussure de sécurité lorsque le poste présente un risque pour les pieds. Un agent en patrouille extérieure sur terrain accidenté n’aura pas les mêmes exigences qu’un agent sédentaire en poste de contrôle : tout repose sur l’évaluation des risques propre à chaque situation de travail.
Ce cadre légal existe pour de bonnes raisons. Selon l’INRS, la France enregistre plus de 600 000 accidents du travail par an, dont environ 750 mortels. Les chutes, qu’elles surviennent de plain-pied ou en hauteur, figurent parmi les premières causes de ces accidents. Une semelle inadaptée sur un sol mouillé ou irrégulier, et c’est une blessure qui peut immobiliser un salarié pendant des semaines.
Normes S1 à S7 : ce que les codes signifient vraiment
La norme européenne EN ISO 20345 classe les chaussures de sécurité selon leur niveau de protection. Les trois grandes classes historiques restent S1 (embout résistant à 200 joules, semelle antistatique, pour intérieur sec), S2 (S1 avec résistance à la pénétration d’eau sur la tige) et S3 (S2 avec semelle crantée et anti-perforation, pour terrains extérieurs difficiles). Depuis la révision de 2022, deux nouvelles classes ont fait leur apparition : S6 et S7, qui ajoutent à S2 et S3 une étanchéité totale grâce au marquage WR.
Cette mise à jour de 2022 a également simplifié le marquage antidérapant. Les anciens codes SRA, SRB et SRC sont progressivement abandonnés au profit d’un test unifié (SR), désormais intégré aux critères de base obligatoires pour tous les modèles. Deux nouvelles exigences additionnelles ont aussi été introduites : SC (résistance à l’abrasion du sur-embout) et LG (adhérence du talon sur échelle). Les chaussures certifiées selon l’ancienne norme de 2011 restent valables jusqu’à expiration de leur certification, mais le marché évolue rapidement.
Confort et morphologie : le critère que l’on sous-estime
Au-delà des normes, la question du confort est centrale pour un professionnel qui passe huit heures debout ou en déplacement. Une chaussure de sécurité pesant moins de 600 grammes réduit sensiblement la fatigue musculaire en fin de poste. Mais le poids n’est pas le seul facteur à surveiller : la largeur de la chaussure joue un rôle tout aussi important. Beaucoup de douleurs (ampoules, orteils comprimés) ne viennent pas de la semelle mais d’un gabarit trop étroit pour la morphologie du pied de l’agent.
Dans la majorité des cas, les douleurs chroniques aux pieds en chaussures de sécurité s’expliquent par un mauvais choix de modèle, pas par une fatalité liée au port d’EPI. Prendre le temps de choisir la bonne pointure, la bonne largeur et la bonne classe de protection selon l’environnement de travail, c’est aussi investir dans la durabilité du salarié sur son poste. Pour les professionnels de la sécurité comme pour leurs employeurs, ce choix mérite vraiment attention. Pour d’autres sujets liés à la vie professionnelle et pratique, Facefull-news propose régulièrement des articles de fond sur ces questions du quotidien.

