Trois millions de trottinettes électriques circulent en France, mais en 2024, près de six conducteurs d’EDPM impliqués dans un accident sur dix n’étaient pas assurés. Une méconnaissance qui coûte cher, parfois très cher : la loi impose une assurance responsabilité civile depuis octobre 2019, et les sanctions en cas d’absence de couverture sont loin d’être symboliques.
Une obligation légale méconnue, des risques bien réels
Depuis le décret du 23 octobre 2019, la trottinette électrique appartient à la catégorie des EDPM (engins de déplacement personnel motorisés), assimilés à des véhicules terrestres à moteur aux yeux du Code de la route. À ce titre, souscrire une assurance trottinette électrique incluant au minimum la responsabilité civile est obligatoire, exactement comme pour une voiture.
Rouler sans couverture expose à une amende pouvant atteindre 3 750 euros, la confiscation de l’engin et une suspension de permis jusqu’à trois ans. Et si un accident survient, c’est le FGAO (Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires) qui indemnise les victimes, avant de se retourner contre le conducteur non assuré pour récupérer les sommes versées, parfois plusieurs dizaines de milliers d’euros pour des blessures graves.
Les chiffres de sinistralité 2025 confirment l’urgence du sujet : 80 personnes ont perdu la vie dans un accident impliquant une trottinette ou un autre EDPM, soit une hausse de 78 % par rapport à 2024. Le nombre de blessés graves a atteint 1 100 victimes. À 25 km/h, sans carrosserie protectrice, un choc avec un piéton équivaut à l’impact d’une chute de 2,5 mètres de hauteur.
L’idée reçue qui expose des milliers d’utilisateurs
Beaucoup de conducteurs croient être couverts par leur contrat multirisque habitation. C’est une erreur. La responsabilité civile « vie privée » incluse dans ces contrats exclut systématiquement les véhicules terrestres à moteur, et une trottinette électrique capable de dépasser 6 km/h entre dans cette catégorie. Aucune exception n’est prévue par les assureurs pour ce type d’engin. Un contrat dédié EDPM est donc indispensable.
La bonne nouvelle : ces contrats sont accessibles et peu coûteux. En 2026, une assurance RC seule démarre autour de 6 euros par mois. Une formule complète (RC, vol, casse, assistance, protection du conducteur) se situe entre 12 et 25 euros par mois selon la valeur de la trottinette, le code postal et l’âge du conducteur. À titre d’exemple, un conducteur de 22 ans à Paris avec un engin à 800 euros garé en rue paiera environ 20 euros mensuels en formule tous risques, contre une dizaine d’euros pour un profil moins exposé en banlieue toulousaine.
Garanties, démarches et évolutions à venir
La RC couvre les dommages causés à des tiers : blessures corporelles, frais médicaux, préjudice moral, mais aussi dommages matériels comme une voiture rayée ou un vélo endommagé. En revanche, elle ne protège ni le conducteur lui-même, ni sa trottinette. Pour une couverture plus complète, des garanties optionnelles s’ajoutent : vol (avec antivol homologué SRA requis), dommages tous accidents, et individuelle accident conducteur.
La souscription en ligne prend deux à cinq minutes. Il suffit de renseigner la marque, le modèle, la valeur de l’engin, l’adresse de stationnement et quelques informations personnelles. L’attestation est envoyée immédiatement par email sous forme d’une vignette à apposer sur l’engin.
Le cadre réglementaire continue d’évoluer. Une proposition de loi déposée en septembre 2025 prévoit de rendre le casque obligatoire pour tous les conducteurs, y compris en ville, avec une amende de 135 euros à la clé. Une autre proposition, enregistrée à l’Assemblée nationale en juin 2026, vise à durcir encore les conditions d’usage. Ni l’une ni l’autre n’est encore adoptée à ce jour, mais la direction est claire : la réglementation se resserre. Vérifier sa couverture avant de prendre le guidon, c’est donc aussi anticiper des contraintes qui se préciseront sans doute dans les prochains mois.

